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Bébé Jumeau, tapisserie de Dom Robert, primitif toscan : les belles surprises des ventes de province

Pas besoin d’aller à Christie’s ou à Sotheby’s pour suivre le marché. Début octobre, trois ventes de province ont rappelé aux chineurs une règle simple : les objets qu’on croise un jour sur un stand finissent souvent sous le marteau d’un commissaire-priseur de Chartres, de Saint-Cloud ou de Rennes. Une poupée, une tapisserie et un panneau peint montrent ce qui fait monter les enchères quand l’objet est bien identifié.

Un bébé Jumeau de la première époque à 10 000 euros à Chartres #

Le 3 octobre, la maison Ivoire, Galerie de Chartres, consacrait une vacation entière aux poupées « de charme » de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Le lot vedette, rapporte La Gazette Drouot, était un bébé Jumeau dit « de la première époque » : 35 centimètres, tête en biscuit marquée d’un « 4 » en creux, bouche fermée, yeux bleus en sulfure, oreilles rapportées et percées, corps articulé à poignets fixes. Le tout est vendu avec ses dessous anciens, une robe de soie, une perruque blonde et des chaussures marquées à l’abeille. Il a été adjugé 10 000 euros.

Pour qui fouille les cartons de vide-greniers, la description vaut un mode d’emploi. Le marquage incisé sur la nuque, la bouche fermée, les yeux en sulfure et les oreilles rapportées font partie des détails que les experts relèvent en premier. Les vêtements d’origine aussi : une poupée complète, avec ses chaussures signées, n’a rien à voir avec une tête isolée. La même Gazette cite Steiner et Eden parmi les autres fabricants recherchés de cette époque.

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Le réflexe du chineur

Devant une poupée ancienne, on ne la déshabille pas sur le stand, mais on peut demander à voir la nuque et les marques sous la perruque. Une tête recollée, un corps d’une autre provenance ou une robe refaite changent tout. Photographier les marques avant d’acheter permet ensuite de comparer avec les catalogues des ventes spécialisées.

Dom Robert triple son estimation à Saint-Cloud #

Le 11 octobre, à Saint-Cloud, la maison Le Floc’h proposait une vente de tableaux, mobilier et objets d’art. Une tapisserie de Dom Robert (1907-1997) y a été vendue 19 685 euros, soit le triple de son estimation basse, selon La Gazette Drouot. Intitulée Cette Escapade, elle mesure 161 sur 158 centimètres et reprend un extrait du carton Le Soleil pour témoin, daté de 1978. Elle a été tissée en laine sur métier de basse lice à Aubusson par les ateliers de la Bauze, et porte le numéro 4 d’une édition de 6.

La leçon dépasse le nom de l’artiste. Une tapisserie d’édition se juge sur son bolduc, l’étiquette cousue au dos qui indique l’atelier, le titre et le numéro d’exemplaire. Sans ce bolduc, l’objet reste souvent une « tapisserie décorative » vendue au prix de la laine. Avec lui, il entre dans une cote. Avant de dérouler un tapis mural plié au fond d’une remorque, regardez donc l’envers.

Une Vierge toscane du Quattrocento à Rennes #

Le 5 octobre, Bretagne Enchères tenait à Rennes une vente très variée : arts premiers, art islamique, archéologie, arts d’Asie, tableaux anciens, mobilier, bronzes, tapisseries et argenterie. Le panneau le plus remarqué, d’après La Gazette Drouot, est une Vierge à l’Enfant entourée de six anges de l’école toscane, vers 1470-1480. Cette huile et tempera sur bois de 52 sur 44 centimètres est attribuée à l’entourage du Pseudo Pier Francesco Fiorentino et présentée dans un cadre néogothique du XIXe siècle. Elle a été adjugée 12 500 euros.

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Le chiffre surprendra ceux qui imaginent qu’un primitif italien se compte forcément en centaines de milliers d’euros. Une attribution à « l’entourage » d’un maître, et non au maître lui-même, change l’échelle de prix. C’est aussi ce qui rend ce marché accessible à des amateurs qui ne sont pas des musées. Le cadre néogothique est un autre indice : au XIXe siècle, on a souvent réencadré les panneaux anciens au goût du jour, et un cadre plus récent ne disqualifie pas une peinture plus ancienne.

À suivre jeudi à Toulon : Jules Chéret et ses Chérettes #

La semaine n’est pas finie. Jeudi 22 octobre à 14 heures, l’Hôtel des Ventes de Toulon Côte d’Azur présente une vente qui mêle bijoux, monnaies, arts d’Asie, tableaux, mobilier, arts décoratifs du XXe siècle et design. La Gazette Drouot met en avant une grande huile de Jules Chéret (1836-1932), Le Déjeuner sur l’herbe avec Pierrot et Colombine. La toile mesure 117,5 sur 138 centimètres, porte la signature « JChéret » en bas à droite et est estimée 12 000 à 15 000 euros. On y retrouve les personnages de la commedia dell’arte et les jeunes femmes virevoltantes de ses affiches, les fameuses « Chérettes ». Le journal rappelle qu’en 1900, Chéret avait peint le rideau de scène du théâtre du musée Grévin.

Pour les chineurs, Chéret est un nom familier : ses affiches de la Belle Époque circulent encore, souvent en retirage. Une huile de cette taille n’a rien à voir avec ces reproductions. Le résultat de jeudi donnera pourtant un repère utile sur la cote actuelle de l’artiste.

Ce que ces ventes disent du marché #

Ces trois résultats et cette vente à venir ont un point commun : des objets bien décrits, dont chaque détail (marque, bolduc, attribution, signature) est vérifiable. C’est ce travail de description qui fait la différence entre un lot ignoré et une enchère disputée. La Gazette Drouot publie chaque semaine les « adjugés » des maisons de province. Les lire régulièrement reste l’une des meilleures écoles pour apprendre à reconnaître, au milieu d’un déballage, la pièce qui mérite qu’on s’y arrête.

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Et si vous pensez avoir trouvé un objet de ce calibre, ne le nettoyez pas et ne le restaurez pas. Montrez-le d’abord à un commissaire-priseur : les expertises préalables sont en général gratuites dans les hôtels des ventes.

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